PERSONNALITÉ
DU MOIS

Audrey Bouchard

La manne boréale

Celui qui a transformé l’eau en vin n’a plus besoin de présentation. Par contre encore trop peu
de gens savent que sur le rang Saint Isidore d’Hébertville, dans la région du Lac-Saint-Jean,
les propriétaires de la
Ferme Tournevent ont réalisé un exploit presque aussi spectaculaire.
Ils ont transformé le lait en huile biologique !

Sur la terre de son beau-père qui exploitait une ferme laitière, Audrey Bouchard a souhaité, en 2014, tirer le meilleur parti des 580 hectares que cultivait son conjoint Guillaume Dallaire pour en extraire
un élixir typiquement boréal. En sélectionnant le sarrasin, le chanvre, le lin, le canola et la caméline, des oléagineux particulièrement bien adaptés au territoire nordique, Audrey a entrepris d’opérer
une transformation alimentaire d’exception. Produire rien de moins que des huiles exemptes de gluten et d’OGM, certifiées biologiques par Ecocert Canada et accréditées Agro Boréal. 

L’idée du projet ne relevait pas de la pensée magique. Détentrice d’un baccalauréat en sciences
et technologie des aliments, Audrey ne cachait pas qu’elle convoitait de harnacher la richesse
de ses récoltes pour en faire des produits quasi miraculeux comme, entre autres, son huile de chanvre qui combat efficacement l’eczéma. Cela intéressait d’autant plus la jeune femme qu’elle savait bien que la transformation des produits de sa ferme serait le meilleur gage de la pérennité
de l’entreprise familiale.

C’est en se rendant à Bordeaux, un des hauts lieux de la recherche sur les corps gras, qu’Audrey Bouchard évalue la complexité et le coût du processus de transformation. À son retour, pour s’attaquer au marché de l’alimentation humaine qui exige une pureté de grains de 99,9%, l’entrepreneure a choisi de ne pas brûler d’étapes. Comme ses précieux grains, elle n’apprécie
pas la pression à chaud et souhaite garder la tête froide !

En 2014, avec Guillaume, ingénieur en informatique, elle fait d’abord construire le bâtiment qui
abritera les appareils de triage optique essentiels au nettoyage minutieux des grains. Comme cette machinerie coûte la peau des… fèves, elle ne fera son entrée qu’en 2016. Puis le couple s’est attaqué
à la construction de sa presserie. Grâce à ses six presses allemandes, large comme deux bras étendus, la Ferme Tournevent pourrait déjà transmuter toute sa production de grains en nobles huiles. Mais Audrey préfère s’en tenir à son plan marketing.

«Nous avons déjà plus d’une trentaine de points de vente dans la région du Lac-Saint-Jean et nous venons de conclure une entente de distribution avec la chaîne Avril Supermarché Santé. Mais cette année, avant d’y aller à fond avec l’extraction d’huiles, nous voulons d’abord consacrer nos énergies
à faire connaître notre marque.»

Cela ne l’a pas empêché d’avoir déjà conclu des partenariats avec des producteurs de la région pour que son tourteau, ce super résidu des graines, soit incorporé dans l’alimentation animale.
À moyen et à long terme, Audrey ambitionne de développer des huiles aromatisées, procéder
à de l’extraction de protéines et investir l’industrie des cosmétiques.

Comme le Lac-Saint-Jean n’est pas tout à fait le Jardin des Oliviers, Audrey et Guillaume souhaitent ultimement offrir aux consommateurs des produits alternatifs 100% naturels. Des huiles qui n’ont
pas parcouru des milliers de kilomètres et dont la traçabilité et les normes de qualité sont facilement vérifiables.

 

Car, ne l’oublions pas, pour Audrey Bouchard, le développement durable est un principe boréal!

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