La manipulation des prix

Le Georgia Dock Index, l’un des indices de référence le plus utilisé pour déterminer les prix du poulet aux États-Unis, est encore une fois cette année la cible des critiques qui le juge trop subjectif. Compilé par le Georgia Department of Agriculture (GDA), cet indice sonde neuf producteurs et transformateurs de poulets de l’état sans qu’aucune vérification indépendante ne soit effectuée. Le sondage porte sur le nombre de livres vendu pour chacune des parties et le prix correspondant. Les grands joueurs tels Tyson Foods, Pilgrim’s Pride et Wayne Farms comptent parmi les entreprises qui ont des établissements sondés par le GDA.



Ces dernières semaines, le prix d’un poulet de 2½ à 3½ livres du Georgia Dock était de 1,10$ US la livre, en baisse de seulement 5% au cours des 18 derniers mois. Au cours de la même période, un autre indice utilisé par les chaînes de restaurants et entreprises de services alimentaires a baissé considérablement. L’indice Urner Barry rapportait des prix pour des poulets de même poids à 0,75$ US la livre en baisse de 33% au cours de cette période soit une différence de 35%.


Afin de démontrer la promiscuité entre l’industrie et le GDA, Gary Black, commissionnaire du département, a répondu à un journaliste du New York Times qui faisait enquête sur le sujet que les données recueillies ne pouvaient effectivement être vérifiés, que le GDA et l’industrie n’avaient pas non plus l’intention de les vérifier et que le département était en accord avec l’industrie de la volaille de son état. Dans une réponse par courriel au journaliste, Julie McPeake, une porte-parole pour le département a souligné que l’élevage du poulet est la première industrie de l’état en importance avec une contribution de 25,5 milliards de dollars et responsable de 103 000 emplois. Elle ajoute que tout changement à l’indice doit être fait après analyse et recherche afin de s’assurer de bien servir l’industrie.


Contrairement au GDI, l’Urner Barry Index et les rapports de l’USDA puisent leurs renseignements sur la production et les prix du poulet auprès d’acheteurs, vendeurs, distributeurs et autres intermédiaires. L’information est donc plus fiable.


Le dossier a refait surface le mois dernier lorsqu’un distributeur alimentaire de l’État de New York a déposé un recours collectif contre les plus importants producteurs de poulets et Agri Stats Inc, la compagnie d’analyse de données, prétendant qu’avec l’information des producteurs, ces derniers s’entendaient sur les volumes de production et les prix. Les rapports d’Agri Stats sont si détaillés, allègue le recours, qu’un producteur informé est capable d’identifier chaque établissement de ses concurrents. Rappelons qu’Agri Stats Inc. possède Express Markets Inc. (EMI) qui fournit des rapports sur les prix de la volaille a tous les grands joueurs de l’industrie. Cette promiscuité s’étend donc encore plus loin.



Cet écart de prix est tout à l’avantage des entreprises qui fournissent leurs données pour la compilation du Georgia Dock index et peuvent faire la différence entre faire un profit ou une perte. Cet écart se traduit en milliards de dollars annuellement absorbés par les clients de chaînes d’alimentation et les consommateurs.


Aux États-Unis, les prix du porc et du bœuf sont entre autres influencés par le prix du poulet. Si le prix du poulet baisse, le consommateur achètera moins de porc et de bœuf, il en résultera une baisse des prix du porc et du bœuf américain et vice-versa. À l’instar des prix du poulet qui sont protégés des fluctuations du marché avec les systèmes de gestion de l’offre au Canada, les prix du porc et du bœuf canadien suivront ceux de son voisin du sud. Un indice obscur et distant comme celui du Georgia Dock à une influence sur le prix du porc canadien et québécois sans qu’on le sache. Les producteurs de porcs et de bœufs québécois devraient donc tenir à l’oeil ces indices, car qui risquent d’avoir une influence sur leurs décisions.

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