La saga brésilienne

Les dirigeants et propriétaires de la Brésilienne JBS, le plus gros producteur de protéines au monde, sont aux prises avec des accusations de délits d’initiés. À la suite de ces allégations, l’action de JBS avait perdu plus de 30% pour se situer à 5,98 réal (1,83$ US). Puis elle a remonté quelque peu à 7,76 réal (2,37$ US). Comme quoi les affaires et la politique ne font pas toujours bon ménage.



Les accusations ont été faites lors d’une parution télévisée, le samedi 20 mai dernier, par le président du Brésil Michel Tremer. Elles font suite à des enregistrements de conversations avec le président par Joesly Batista, l’un des frères de la famille propriétaire de JBS. Au cours de cette conversation, le président met en lumière un système de pots-de-vin bien établi entre JBS et les hauts dirigeants de l’état.


Toute cette tourmente compromet l’émission publique d’actions (IPO) en sol américain d’une partie des activités et du même coup les plans d’expansion de l’entreprise.



Dans cette affaire, tous sont à la fois coupables et innocents. L’origine de cette histoire remonte au début des années 2000, époque où le gouvernement de Luiz Inacio Lula da Silva favorisait un développement rapide de l’économie brésilienne en appuyant des entreprises comme JBS avec les fonds de l’état. Ainsi, JBS a fait son entrée en bourse au Brésil en 2007, puis la National Bank for Economic and Social Development (BNDES), contrôlée par l’état, a acheté une participation de 21 % dans JBS. Au même moment, BNDES a prêté 3 milliards $ US sur une période de 10 ans à des taux plus de trois fois moindres que ceux des banques privées. Cette aide de l’état a permis à JBS de croître rapidement par acquisition et de devenir le plus gros producteur de protéines au monde.


Animée par un mouvement populaire réclamant plus de transparence ces dernières années, l’affaire a été mise au jour à la suite d’une série d’enquêtes dont la dernière surnommée « Weak Flesh ». Les procureurs de l’état ont déjà donné des amendes dont une de 10,3 milliards de réals soit 3,14 milliards $ US payables sur dix ans à la compagnie mère de JBS, J&F Investimentos. Les frères Batista et cinq autres dirigeants de JBS ont signé une entente avec les procureurs de l’état évitant ainsi la prison en échange de leurs témoignages et d’une amende de 225 millions de réals.


En dépit des communiqués officiels de la compagnie à l’effet contraire, JBS devra se départir d’actifs pour acquitter les frais et amendes, mais aussi pour maintenir sa cote de crédit. Cette dernière a d’ailleurs été réduite d’un cran par l’agence de crédit Moody’s. En raison de cette affaire, la trajectoire de JBS risque d’être altérée, la croissance par acquisition moins rapide. Mais chose certaine, l’augmentation de la demande mondiale en protéines découlant de la croissance de la population, assurera une certaine stabilité.

ABONNEZ-VOUS À L'INFOLETTRE